Le Coronavirus et autres crises, accélérateurs de nouveaux modes de travail flexibles

A l’heure où nous écrivons cet article, nous ne savons pas encore quelles vont être les conséquences économiques de la pandémie de Coronavirus, même si nous pouvons (hélas) déjà observer un sérieux recul, traduit par le dévissement des Bourses mondiales.

 

L’idée ici n’est pas de prendre à la légère les événements actuels, mais de se projeter dans un futur proche je l’espère, « d’après-crise », et de regarder ce qui, selon nous, aura changé. 

 

Ainsi, nous sommes convaincus que, comme toutes les crises, celle-ci est en train de faire évoluer notre quotidien, et devrait accélérer significativement les changements de nos façons de travailler, afin de nous rendre toujours plus agiles et résilients dans un mode qui change à vitesse « Ultra-grand-V ».

 

 

« Aujourd’hui, on passe son temps derrière des écrans, on ne se rencontre plus »…

 

Qui n’a pas déjà entendu ce type de remarque, qui repose souvent sur le juste constat qu’en entreprise, beaucoup sont ceux qui préfèrent envoyer un courriel plutôt que de se déplacer dans le bureau de leur voisin, voire de les appeler ?

Néanmoins, ces écrans qui font partie d’une évolution planétaire de nos modes de communication, ces écrans dont nous essayons d’éloigner nos ados pour pouvoir espérer échanger avec eux deux phrases d’affilée de plus de 5 mots, ces écrans, donc, sont aujourd’hui notre salut dans la période que nous sommes en train de vivre.

 

Loin de nous l’idée de prôner un monde sans contact « in real life » : la rencontre physique reste le moyen le plus riche d’échanger, de se comprendre, de se connaître. Et en être privé nous donne actuellement une sensation de perte de liberté à laquelle il va falloir nous habituer pendant quelques temps. Mais dans cette économie mondialisée, les écrans et autres réseaux sociaux nous rapprochent également. Ceux qui vivent loin de leur famille ou de leurs amis apprécient déjà depuis longtemps de pouvoir échanger via un écran, et suivre la vie des uns des autres de façon informelle, sans avoir à attendre de pouvoir être tous réunis au même moment, au même endroit.

 

Aujourd’hui, avoir la possibilité de rompre son isolement en échangeant en mode « virtuel » reste une liberté hautement appréciable. Sans communication, nous nous étiolons. Certes avant il y avait le téléphone pour se parler, mais l’image a ajouté une dimension plus humaine aux échanges à distance. 

 

Alors que tous les salons professionnels ont été reportés - pour notre plus grande tristesse car ce sont des moments que nous apprécions énormément en ce qu’ils permettent un contact direct, rapide, dans le mouvement - on peut noter que déjà certains salons se sont transposés en ligne ces dernières années. C’est le cas du Salon SME Online, dédié aux entrepreneurs et aux TPE, qui réalise plusieurs éditions virtuelles par an en plus du salon "physique" d'octobre. Selon nous, c’est un format auquel devraient s’intéresser l’ensemble des organisateurs de salons. Pourquoi ne pas représenter une vision 3D du salon avec chaque stand, où l’on peut se balader ? Pourquoi ne pas permettre le même type d’échange entre visiteurs et équipes des stands simplement à distance en visio, en organisant des rendez-vous ? Il y a une multitude de possibilités à réfléchir, supportés par les progrès technologiques actuels. De nouvelles formes de salons qui permettraient également peut-être de diminuer les coûts d’accès de certaines sociétés, notamment les PME, à certains salons professionnels grâce à la dématérialisation. Des salons plus grands, une offre d’exposants plus larges, et ceci… en évitant le piétinement et les ampoules aux pieds !

 

Et c’est peut-être ce à quoi les professionnels de ce secteur sont d’ores et déjà en train de réfléchir, étant donné les mois catastrophiques auxquels ceux-ci sont confrontés.  

 

 

La technologie est là, mais c’est l’urgence qui pousse à une mise en œuvre rapide

 

L’éducation à distance, autrefois réservée aux seuls élèves du CNED[1], est en train de se présenter comme la réponse à la fermeture actuelle des établissements scolaires en France[2]. Certes la technologie existe, mais pris de court, les établissements n’ont pas eu le temps de définir les modalités d’un enseignement à distance devant se substituer à l’enseignement traditionnel en classe : quelles règles ? qui / quand / comment, sont autant de questions que les responsables d’établissements, avec l’Education Nationale, sont en train de discuter.

 

Alors que cette mise en place aurait pu faire l’objet de mois, voire d’années, de tergiversations si le projet avait été considéré comme « un projet comme un autre du quotidien », pour mettre toutes les parties prenantes d’accord, l’urgence actuelle va permettre d’aller à l’essentiel et donc de traiter la mise en place en mode agile.

 

Pour avoir pu lire dans les réseaux sociaux certains se plaindre du manque de préparation de l’Education Nationale à ce type d’évolution, je répondrais que tant que nous ne sommes pas confrontés à une crise qui nous force à décider rapidement, nous avons tous tendance à prendre (un peu trop) notre temps.

 

Avec la contrainte du temps, cette première nationale va permettre de poser des jalons qui d’une part nous permettront d’agir plus tôt en prévention dans le cas où de futurs (très probables) virus ou autres menaces viendraient nous envahir, mais qui devraient nous faire réfléchir « en dehors du cadre » à de nouveaux modes d’enseignements flexibles, inclusifs, ludiques.

  

 

Même constat par rapport à la téléconsultation médicale, décriée par de nombreux médecins. Je n’ai pas les compétences pour donner mon opinion dans ce débat, mais le constat est clair : au début de cette crise, Doctolib avait observé une augmentation de 40% du nombre de demandes de téléconsultation en quelques jours[3]. Et ces derniers jours, de nombreux utilisateurs du site reçoivent de la part de leur médecin un e-mail les incitant à utiliser ce mode de consultation. Une évolution rapide, elle aussi provoquée par l’urgence et qui pourrait s’ancrer dans les habitudes de nombreux médecins et citoyens.

 

 

« T’as un bel avatar, tu sais… ! » 

 

 

Depuis plusieurs années, sous la pression des économies que les entreprises souhaitent réaliser, et celle croissante de la crise écologique qui accélère elle aussi nos prises de conscience, nos réunions se sont faites plus virtuelles. Beaucoup de sociétés se sont dotées progressivement de solutions de visioconférence, et chacun a pu apprécier le confort de pouvoir se réveiller à une heure correcte et assister à sa réunion regroupant les collègues des quatre coins du monde, sans y perdre des heures de sommeil et de l’énergie.

Pour des réunions de courte durée où est laissé peu de temps aux relations interpersonnelles en dehors du travail, la visioconférence a vraiment amélioré les conditions de travail de nombreuses personnes. 

 

Aujourd’hui, n’importe qui peut utiliser des solutions de visioconférence sans infrastructure informatique particulière, notamment depuis chez lui. C’est ce que des start-ups type Glowbl proposent par exemple[4].

 

Mieux encore, l’Intelligence Artificielle peut désormais vous permettre non seulement d’organiser un brainstorming à distance, mais également d’accélérer l'analyse et la synthèse des réponses, comme c’est le cas de FluidityApp, une solution proposée par une startup française qui outille les animateurs d'une IA en temps réel et multilingue [5].

 

Mais la technologie a largement dépassé les simples visioconférences.

 

Déjà, les hologrammes s’étaient invités lors de notre dernière campagne présidentielle où un candidat bien connu avait tenu plusieurs meetings en même temps en utilisant une projection-copie de lui-même.

 

Les hologrammes ne frappent pas encore à la porte de la majorité de nos entreprises, mais avec le développement de l’Intelligence Artificielle, certaines sociétés peuvent tout de même proposer désormais l’organisation de réunions en 3 dimensions, où chacun porte un casque et peut visualiser les avatars des autres dans une pièce virtuelle. Un article mentionnant cette technologie[6] fait état d’un coût de 20K€ à 100K€ pour la mise en place de la solution. Un accès qui demeure limité aux entreprises possédant des budgets plutôt confortables, mais il y a fort à parier que les solutions de réunions virtuelles faisant intervenir des avatars devraient fortement se développer dans les mois qui viennent suite à la crise actuelle, permettant du même coup d’en baisser le coût d’accès.

 

La réalité virtuelle est aussi utilisée par une société telle que Groupe VIP 360[7] pour permettre une immersion photo ou 3D dans un univers à des fins de marketing (pour l’industrie, la promotion immobilière ou le tourisme par exemple), et également dans le cadre de formations. Tout ceci contribue à faire vivre à distance une expérience aussi proche du réel que possible.

 

La réalité virtuelle devra nous permettre de travailler toujours mieux en étant à distance. A une époque où même certaines opérations chirurgicales sont effectuées à distance grâce à des robots commandés par des chirurgiens situés à des kilomètres de distance, nous nous disons que tout est possible….

 

 

La crise pulvérise les réticences managériales de nos modes de travail

 

« Je ne sais pas si le télétravail est fait pour notre entreprise » … « Le télétravail c’est bien, mais pas forcément pour toutes les catégories de nos personnels de bureau » … « On ne sait pas trop ce que les gens font lorsqu’ils sont chez eux » …

 

Nous avons tous beaucoup entendu ces réflexions dans les comités de direction des différentes sociétés dans lesquelles nous avons pu travailler. Les projets de mise en place de télétravail pouvaient mettre plusieurs années à se déployer, alors qu’il s’agissait rarement de faire face à de grandes complexités technologiques ou d’organisation. Pourquoi ? Parce que pendant longtemps, ceux-ci n’ont pas été considérés comme des priorités de l’entreprise, et les freins perçus à la mise en place (pour qui ? quelles modalités ? quand l’autoriser ? quelles installations à domicile ? etc.) s’érigeaient en mûrs entre le projet et sa mise en œuvre. Souvent, ces réflexions cachaient le vrai motif de faire traîner en longueur les discussions avec les instances du personnel : le problème de confiance envers ses équipes.

 

Or il aura suffi de quelques épisodes de grèves importantes[8] pour que le télétravail mute d’une épine dans le pied des Comex, à un moyen de maintenir une activité économique dans un contexte de crise, pour certaines entreprises. 

Et c’est là que les verrous sautent, et que l’entreprise se voit contrainte et forcée d’y donner l’accès au maximum de populations éligibles.

 

Avec le coronavirus, le télétravail n’est pas seulement une réponse, mais c’est un acte de responsabilité citoyenne dans la mesure où celui-ci est « confinement-compatible ».

 

Sa vertu étant d’être également « environnement-compatible », il est certain que nous assistons ici au passage à la sixième vitesse en quelques mois de ce mode de travail, et qu’il sera amené à se pérenniser. 

 

 

Vers une organisation du travail à continuer d’inventer

 

Au global, ce que nous vivons nous pousse à réfléchir aux moyens de nous adapter aux changements parfois brutaux de notre environnement, et de nous préparer à mieux les affronter, avec toujours plus de flexibilité. Mais surtout, ils inscrivent dans nos modes de pensée l’idée que l’on peut, et que l’on devra, à très brève échéance, s’organiser différemment pour travailler.

 

L’idée d’une entreprise fonctionnant avec « tout le monde au même endroit (à part les commerciaux) » est révolue.

 

Le management en Temps Partagé, à l’instar du management de transition dont il prend parfois aussi la forme, est une des réponses aux enjeux actuels de flexibilité. L’expert à temps partagé propose quelques jours de travail par semaine, par mois, voire par an, aux entreprises, seulement lorsqu’elles en ont besoin, et peut intervenir aussi bien sur site qu’à distance. Les entreprises ayant adopté ce mode de fonctionnement réalisent que ce n’est pas le lieu où l’on travaille ou son statut vis-à-vis de l’entreprise qui conditionnent la qualité du travail ou l’implication du professionnel.

 

Dans un monde toujours plus incertain, il est de notre responsabilité de pousser toujours plus loin notre réflexion sur l’organisation du travail afin d’assurer, malgré les à-coups, la continuité de notre activité économique, quitte à en bouleverser les modèles. 

 

 

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[1] Centre National d’Education à Distance

[2] https://www.franceinter.fr/coronavirus-comment-vont-se-derouler-les-cours-par-correspondance

[3] https://www.rtl.fr/actu/bien-etre/coronavirus-doctolib-enregistre-une-augmentation-de-40-des-teleconsultations-7800211145

[4] www.explore.glowbl.com 

[5] www.fluidityapp.com 

[6] https://www.zdnet.fr/actualites/une-reunion-professionnelle-a-base-d-avatars-sous-votre-casque-de-vr-39866100.htm 

[7] https://www.groupe-vip360.fr/ 

[8] https://www.forbes.fr/management/comment-les-greves-ont-amplifie-durablement-le-teletravail/?cn-reloaded=1 


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